Chœur de campanule

I
C'est nous qui, sur les montagnes
Des Gaules, riant séjour;
Du Tyrol et des Espagnes,
Sonnons le réveil du jour.

C'est nous qui, dans les campagnes
Et les grands bois, tour à tour,
Pour nos sœurs, pour nos compagnes,
Sonnons l'heure de l'amour !

Quand, au milieu d'un silence,
La brise des nuits balance
Nos clochettes dans les airs ;

Tout cesse dans la nature,
Tout suspend son doux murmure
Pour recevoir nos concerts !

II
A nos accents d'allégresse,
C'est plaisir de voir, soudain,
Les fleurs, que la bise caresse
S'agiter dans le jardin!

La Pivoine, en son ivresse,
Semble oublier le dédain
De l'oeillet, qui se redresse
Dans sa mise de satin.

Le Myrte, aux corolles blanches,
Frémit d'amour sur ses branches,
Qui bravent les longs hivers;

Et, sous leurs tuniques roses,
On voit, dans leurs corsets verts,
Palpiter le sein des Roses!
III
Oh ! Les jours brillants, dorés ;
Oh ! Les belles nuits sereines,
Que nous passons dans les prés,
Que nous passons dans les plaines !

Les zéphyrs énamourés
Nous prodiguent leurs haleines ;
Les vers luisants accablés,
Tout bas nous disent leurs peines !

Dans nos vases, dont les feux
Font ceux du saphir, ou ceux
Des perles, que mûrit l'onde ;

Les sylphes, d'air pur nourris,
Viennent, quand l'orage gronde.
Chercher, le soir, des abris !

IV
Près de nos épis, humides
Encor des larmes de la nuit ;
Quand les papillons timides
A l'aurore voient, sans bruit.

S'arrêter les cantharides,
Dont l'oeil d'or au soleil luit:
Ou les moucherons rapides,
Que l'hirondelle poursuit;

Pour surprendre nos paroles,
Fous d'amour, sur nos corolles
Vite ils viennent se poser,

Nous embrasent de leurs flammes,
Et, dans un brûlant baiser,
Nous donnent enfin leurs âmes!

Antonio Spinelli

Go