Le chèvrefeuille

I
Moi, je fleuris sur les murailles
Les jours où le printemps vermeil
Fête les grandes épousailles,
Et de la Terre et du Soleil.

De mes lestes et fortes mailles
J'enlace, sans livrer l'éveil,
Malgré la hauteur de leurs tailles,
Les arbres pendant leur sommeil.

Puis, sur leurs rameaux et leurs branches,
J'enroule en guirlandes mes fleurs ;
Mes larges fleurs rouges et blanches

Où l'aube aime à baigner ses pleurs,
Et qui, pendant les nuits sans voiles.
Boivent les lueurs des étoiles.

II
Sur les monts aux rocs anguleux.
Où l'aigle altier bâtit son aire ;
Dans la forêt que, de ses feux,
Le soleil au matin éclaire ;

Sur le versant des coteaux bleus,
Au fond du vallon solitaire,
Dans les près, les ravins frileux.
Au couvert du bois séculaire,

Partout l'on voit grimper, courir,
S'élever, s'accrocher, fleurir,
S'entrelacer mes stipes frêles,

Où les oiseaux, du ciel bénis,
En été reposent leurs ailes,
Au printemps cramponnent leurs nids.
III
Quand le soleil brûle les plaines,
Pour me caresser, les zéphyrs
Trouvent encore des haleines,
Encor d'ineffables soupirs.

Comme les belles Marjolaines,
J'ai de suaves élixirs
Dans mes coupes, pour les phalènes
Aux insatiables désirs.

Sous mes branches frêles et souples,
En automne, les heureux couples
S'arrêtent souvent tout le jour;

Car ils savent que je les aime,
Et que pour être j'ai, moi-même,
Fleur des amants, besoin d'amour.

IV
Je suis joyeux partout ; ma vie
Est bénit comme un jour d'été;
Jamais la haine ni l'envie
N'en ont troublé la pureté.

Chaque aube, d'une aube suivie,
M'apporte, en sa sérénité,
Des plaisirs auxquels je convie
Tout ce qui croît à mon côté.

J'embaume de ma douce haleine
Les vallons, les coteaux, les plaines;
Et j'irais même- audacieux! -

Jusqu'à parfumer -sans mystère -
Les étoiles d'or, si la terre
N'était pas aussi loin des cieux!

Antonio Spinelli

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