L'épi de blé et le chardon

Un bon paysan aux cheveux poivre et sel se promenait un jour, avec son petit fils, dans un champ de blé à l'heure de la moisson.

Il raillait doucement les moissonneurs, leur disant qu'ils n'étaient tous que des gamins en comparaison de lui, qui avait vu soixante moissons et plus.

Alors un des moissonneurs lui tendit sa faucille, et le vieillard s'en saisit et coupa sa javelle allégrement, comme s'il avait été un jeune homme. Sur quoi les moissonneurs se mirent à pousser des cris de joie et à aiguiser leurs faucilles en son honneur.

Mais le petit-fils dit à son grand-père:

Cher grand-père, d'où vient une si verte vieillesse?

Et le vieillard lui répondit:

- Mon fils, je me suis, dès mes jeunes années, habitué à me confier à Dieu, dans les bons comme dans les plus mauvais jours, c'est ce qui fait que j'ai gardé mon courage. J'ai rempli assidûment ma tâche, j'ai bien travaillé. Ainsi, Dieu aidant, j'ai conservé la vigueur de mon corps; je me suis tenu en paix avec les hommes, j'ai eu la tranquillité du coeur, et, les années passant, la grâce de Dieu a affermi et consolidé en moi tous les bons sentiments. Fais comme moi, mon garçon, et ta vie ressemblera à la mienne; elle sera comme une belle gerbe que le Seigneur se réserve pour la serrer dans son grenier.

- Mais grand-père, à quoi compares-tu une mauvaise vieillesse?

Le vieillard prit son bâton, et montra à son petit-fils un chardon qui croissait au bord du chemin:

- Tu le vois, c'est ici l'image d'une vieillesse stérile et malheureuse. Ce chardon demeure solitaire, personne n'y prend garde; sa tête grise est le jouet des vents, qui seront seuls à s'emparer de sa graine nuisible.

Krummacher

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